Pendant notre escapade au Pays Lobi (groupe ethnique qui a sa propre architecture et des coutumes caractéristiques) qui est dans la province de Poni, nous sommes arrêtés chez un féticheur.
Inutile de vous dire qu’il y avait des fétiches partout… fétiches qui lui permettent de jeter des «wacks» (sorts… mais lui n’en fait pas des négatifs) ou d’aider des gens à trouver des solutions à leurs problèmes. Il nous a fait visiter ses deux salles de fétiches où il rencontre les gens qui ont besoin de son aide. Ce sont des endroits très spéciaux, mystérieux et magiques. Comme les espaces sont assez restreints, nous n’avons pas pu rentrer tous en même temps.
D’ailleurs, j’ai fini par ne jamais voir la deuxième pièce. Les maisons lobi sont faites de terre, elles ont une pièce sur le toit qui sert de chambre au père de famille, et il n’y a pas de lumière. J’ai vu une seule fenêtre qui était en fait un trou dans le mur. C’est d’ailleurs à cause de ce jet lumineux que je ne suis pas entrée dans la salle des fétiches. En attendant dans le noir de pouvoir y rentrer, une femme est arrivée en courant et a tiré une porte en paille pour rentrer dans une pièce. Elle l’a mal refermée dans sa hâte. De là où j’étais placée, je voyais juste un trait de lumière qui tombait sur une flaque de sang sur le sol terreux. Quelques secondes plus tard, une main de femme y poussait, avec ses doigts, un petit corps mort pour voir s’il allait réagir. Il n’a pas bronché. Au début je me disais que peut-être qu’il était sorti par les fesses pis que la tête était encore prise… Je me disais qu’il allait se mettre à crier bientôt… mais ça n’est jamais arrivé. J’étais là à fixer comme une dinde, comme paralysée. Je trouvais ça esthétiquement beau à cause des couleurs, de la lumière, etc., et en même temps j’étais envahie de tristesse pour ce petit bébé. C’était indescriptible, mais en bout de ligne très malaisant. Dès que j’ai ressaisi mes esprits, je suis partie vers la porte de sortie prendre l’air et essayer de réaliser ce à quoi je venais d’assister!
Un peu plus tard, une femme est sortie avec le corps pour aller l’enterrer suivie de la mère qui elle est allée parler avec les autres femmes qui se trouvaient dehors. Après les quelques minutes de tristesse, on aurait dit que déjà la vie avait repris normalement.
Le féticheur expliquait que malgré la sensibilisation, les femmes continuaient de préférer venir accoucher chez lui avec sa femme accoucheuse plutôt que d’aller à l’hôpital. L’ennui, c’est que ce n’est pas hygiénique du tout et ils n’ont aucun moyen si l’accouchement tourne mal. Les habitudes sont ancrées dans les esprits et il est très difficile de les faire changer.
Ça a été tout un moment pour moi comme il n’y en aura probablement jamais d’autres.
Marquant.
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